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Nils Clouzeau : Activités Secondaires

03 mars -- 15 avril 2016

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" Activités Secondaires "

 

Avec des gestes propres aux hobbies tels que jardiner, cuisiner, jouer, traîner sur internet, boire des bières... Nils Clouzeau explore la notion de temps libre.

En se réappropriant des activités liées aux loisirs, sa pratique en est un. Elle revient pour lui à une occupation du temps donnant naissance à des objets. Un commentaire, comme sur un blog, accompagne volontiers son travail et renvoie à son quotidien.

Il consulte beaucoup de tutoriels sur le web, il en sort les techniques nécessaires à la réalisation de ses productions.

 

Quand Nils ne travaille pas pour gagner sa vie, il s'ennuie et il fait de l'art. C'est dans ce contexte qu'il a préparé l'exposition « Activités Secondaires ».

Il y présente une installation picturale, des éditions, du dessin et un "travail en perruque" réalisé lors de son dernier emploi. Le détournement d'usage y est central.

 

S'il utilise des châssis entoilés ce n'est pas dans le but de peindre mais de construire une chambre de culture afin d'y faire pousser des coquelicots. La peinture y est réduite à un usage purement fonctionnel et une dimension poétique se mue dans la possibilité que les fleurs éphémères éclosent pour le début de l'exposition.

Clin d’œil aux impressionnistes où le geste de peindre des champs de fleurs se soustrait à celui de les cultiver en intérieur.

Si les peintres ont pu quitter leurs ateliers à la seconde moitié du XIXe siècle grâce à l'invention du tube de peinture ; ici, via la consultation de tutoriels et l'achat de graines sur internet l'artiste n'a plus à quitter son domicile, c'est la nature qui vient à lui.

Pour sa série d'éditions « Useless Pictures », il conçoit ses livres photos bien installé dans son canapé via internet et se les fait livrer chez lui, avec à la clé, un coût de production économique. Le site qu'il emploie ne permettant pas la sauvegarde d'un fichier, chaque édition est tirée en un exemplaire unique.

Ne pouvant supprimer le logo en dernière page, il numérote et signe chaque exemplaire donnant une préciosité ironique à l'objet.

Les images qu'il emploie proviennent de son smartphone, il les définit comme sans valeur ni fonction, elles sont la simple trace d'un moment. Elles renvoient à la surproduction d'images de nos sociétés et à l'expression de leurs propres vanités.

Les dessins qu'il propose pour l'exposition ont été réalisés avec ''Ms Paint''. Par son caractère archaïque, le logiciel oblige Nils à dessiner pixel par pixel et à détourner des gestes tels que le copier/coller pour créer des motifs.

Passant des heures à réaliser chaque dessin, le dessin devient pour lui un jeu où il doit trouver des astuces pour aller plus vite, et le ''zoom/dé-zoom'' constant rappelle les quelques pas de recul que prend un peintre lorsqu'il est sur grand format.

Je parlerai ici dernièrement de son projet « Dé-cadrage contrôlé » où il a réalisé un "travail en perruque" lorsqu'il exerçait la profession d'encadreur, transformant ainsi son expérience salariale en processus créatif dans le but d'engager une réflexion sur le monde du travail.

Confronté à une charge de travail conséquente, il s'est lui-même passé des commandes de cadre qu'il réalisait sur son temps de travail afin de fuir l'aliénation liée à la notion de rendement.

Par cet acte il a ainsi pu redevenir maître d'une partie de son temps qui était occupé par son emploi et faire de celui-ci un loisir. Bien souvent, ces deux éléments sont séparés. Le travail sert à subvenir à nos besoins et le loisir vient après, sur notre temps libre. Ainsi les choses sont hiérarchisées et comme la durée du travail prend le pas sur le reste, on devient rapidement l'esclave de son travail.

Détourner la fonction de son emploi pour y intégrer la notion de loisir tout en restant dans le cadre contractuel de celui-ci revient donc d'une certaine manière à s'opposer à ce diktat.

 

La conclusion de cet emploi a été l'ouverture de droit de chômeur lui permettant d'avoir le temps de créer l'exposition « Activités Secondaires ».

Grâce à ce statut une pratique qui été initialement secondaire a pu devenir principale.

 

Émeric Ponpeu