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Camille Lavaud : Plateaux

28 janvier -- 28 février 2016

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" Cas de modernité et sarcophages "

Ce qui, au premier coup d’œil, tend à une pensée nostalgique et à une réappropriation des formes modernes, que l’on pourrait croire sacralisées, n’est autre qu’une lecture digérée des utopies que la modernité a fondées comme motif commun et dont les traces sont laissées visibles dans le paysage quotidien.
Initiés dans les années 90 avec l’appropriation de la culture populaire, le sample et la répétition théorisée a aujourd’hui rompu tous les complexes. Les mélanges sont assumés et la variation est un motif récurrent de la création plastique. Une génération de jeunes artistes réutilise les matériaux, les concepts, les idées, les formes et les images, les digèrent sans hiérarchie, en utilisant leurs sources en peer To peer. Une génération qui partage et converse sans courant et où le torrent et le streaming sont devenus parties prenantes des modes de vie et du quotidien. L’image est étirée, déchirée, cassée, imprimée, placardée, et défile en basse def. Les œuvres d’art pensent leurs photogénies et les expositions se visitent autant sur écran que dans les musées, centres d’art ou galeries.

C’est un travail décomplexé, jouant des codes sculpturaux et architecturaux, et un retour à l’envie de faire, et de ''vivre avec'' que Camille Lavaud déploie au travers de variations intuitives et répétitives. Elles empruntent ses matériaux à la modernité, utilisant son vocabulaire comme source infinie, d’adaptation et de réadaptation. Elle cite d’ailleurs les architectes Lacaton et Vassal qui s’adaptent à une base architecturale préexistante, dont ils analysent les fonctions, les utopies, l’exploitation de l’espace par ses habitants avant même d’intervenir. Laissant parfois le lieu tel qu’il est, où le geste architectural a été celui du regard.

Ainsi les sculptures de Camille Lavaud prennent source dans son quotidien, s’adaptent à ses manières de vivre dans un paysage urbain digéré et regardé par le filtre du ressenti et des émotions. Son espace de vie devient une source de créativité, un repère et un équilibre qu’elle épuise dans la variation et dans la répétition des formes. Figées dans le plâtre ou le béton, soudées, solidaires d’une histoire commune, les sculptures tissent des relations entre les matériaux, leurs histoires et leurs utilisations habituelles. Les rebus de pièces précédentes ou avortées deviennent l’amorce de narrations possibles, l’évidence d’une nouvelle sculpture en cours.

Camille Lavaud qui a pour habitude de s’approprier les lieux, de s’y adapter, de penser des sculptures à l’intérieur de, in situ ou juste là, construit son exposition « Plateaux » à distance, entre son atelier et sa résidence à Mexico, lui offrant de nouvelles anecdotes architecturales.
Elle présente des sculptures dites plates, accrochées aux murs et des photographies de celles-ci sur plexiglas dont les formes rappellent étrangement celles des sarcophages, caissons transparents qui filtrent les rayons de lumière au travers de compositions aplanies. On fait alors le lien avec des croyances ou des mythes Maya en relation à la lumière, aux ombres ou à la mort. D’ailleurs son exposition " Comala!''- ''…o…ma…la! " à l’IFAL de Mexico pense des histoires de fantômes, de temps et d’espace suspendus hantés par la mort.

La sculpture devient image, il y a des focus photographiques ou colorés, et Camille Lavaud pointe les nœuds d’histoires possibles entre un papier ponce, un paysage figé et les reliefs d’un plâtre. Camille Lavaud fait alors avec habileté un pont avec Constantin Brancusi qui préférait prendre en photographie ses pièces plutôt que d’en parler. Ces images étaient une façon de créer et de retranscrire l'historicité des pièces qui, à présent, ce manifeste par le flux et le défilement et qui s’abritent derrière les écrans et les lumières LED.


Margot Pietri