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Estelle Deschamp: Sortie de Gangue

6 octobre -- 4 novembre 2016

"Sortie de Gangue"

Ce qui frappe d’abord dans le travail d’Estelle Deschamp, c’est la multiplicité des matériaux qu’elle fait siens: bois, plâtre, béton, goudron, mousse, plastique, pvc, chutes et rebuts en tous genres sont associés et combinés dans ses différents dispositifs sculpturaux.
Les assemblages qu’elle met en œuvre démontre une remarquable simplicité (accumulation, empilement, stratification, répétitions de motifs à différentes échelles), mais s’associent également à des formes plus travaillées relevant de l’ornement (marqueterie, moulures...).

Son travail fait preuve d’un esprit de bricolage, au sens où le définit Claude Lévi-Strauss dans « La pensée sauvage » : l’artiste prend ce qui lui tombe sous la main et construit son œuvre au gré des opportunités, avec les instruments, les outils qu’elle trouve et qu’elle s’approprie, les contextes dont elle se nourrit.
Jamais cependant cette apparente limitation n’entrave la poétique de ses pièces, leur capacité à nous entraîner dans un univers nouveau fait d’association libres et de références renouvelées (architecture, classicisme, minimaliste, constructivisme, science-fiction, design, pâtisserie...).

Estelle Deschamp est ainsi une artiste éclectique, s’inspirant des styles anciens comme de l’imaginaire futuriste, les alliant, les arrangeant à sa manière, librement, pour créer des paysages et des constructions à la fois curieuses et fantastiques.

Pourtant comme dans un chantier, l’ensemble est précaire. Les matériaux sont brut, visibles, sans fioritures. Les éventuelles colonnes, moulures et décorations dénoncent elles-mêmes leurs propres inutilités. Défonctionnalisés, les éléments valent pour leurs natures dans un grand jeu d’oxymores entre formes classiques et matériaux contemporains, entre ruine et chantier, soulevant ainsi la question paradoxale de l’activité possible d’une chose prise entre deux états. Volonté de construction d’une ruine neuve.

On se prend à s’émerveiller des matériaux, on prend garde à leur présence, à leur beauté soudain révélée, comme si la somme des textures, des couleurs, leur rythmique, dépassait leur énumération, comme s’il émanait un mystère de cette accumulation.

C’est que « …pour l’artiste, la poésie du bricolage lui vient aussi, et surtout, de ce qu’il ne se borne pas à accomplir ou à exécuter ; il/elle raconte (...) le caractère et la vie de son auteur. Sans jamais remplir son projet, le bricoleur (l’artiste) y met toujours quelque chose de soi. »

Ainsi, ce qui transparaît dans la démarche d’Estelle Deschamp, c’est avant tout une forme de générosité, de plaisir jubilatoire à choisir les matériaux et à les découper, à les assembler, à leur donner vie dans un maelstrom créateur. Alors, telle une éruption dans un atelier devenu volcan, les formes émergent comme le magma pour former la topographie instable d’un paysage baroque.

Julien Zerbone