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Siège administratif: 33 rue Leyteire, 33000  Bordeaux

Ver(s)tige : Mathieu Dufois, Julian Lemousy,

            Sandra Richard, Julien Rolland

19 novembre -- 20 décembre 2015

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"Ver/stige"

Il y a le temps, il y a l’espace, il y a nous.
Sans l’espace pas de temps, sans le temps pas de nous, sans nous rien du tout.
Il y a nous…et puis il y a l’étendue face à nous, dure, matérielle, prosaïque, soumise à la transformation, à l’usure et à l’abandon.
Dans cette étendu les hommes s’activent, ils élèvent des immeuble, construisent des routes, des ponts, des bâtiments de toutes formes et de toutes fonctions, ils organisent les espaces selon les usages, les coutumes, les habitudes, les lois.
Ils s’évertuent à donner du sens à ces espaces, à les occuper de manière relativement cohérente, à ²les orner du reflet de leurs penchants esthétiques ou encore contribuent plus ou moins consciemment à l’accélération de leurs irréversibles détériorations.
En somme, les hommes habitent.
Ils habitent et ils s’abritent.
Ils s’abritent pour échapper aux dilatations du temps qui transforme le vin en vinaigre et les fruits en composte, ils s’abritent pour ne pas tomber entres les rainures d’un parquet sale, ils s’abritent pour continuer à jouer leurs rôles de contremaitre en brodant gentiment la fine soie d’une irréalité rassurante, bien garnie des motifs baroques de la sécurité.
Seulement parfois ils s’arrêtent de jouer. Ils sortent de l’abri pour marquer la pause, pour prendre le temps de regarder le monde d’un œil humide, d’un œil trop longtemps engourdi par les illusions de la stabilité.
Oui parfois ils s’arrêtent et contemplent les colonnes de béton, les nœuds du bois, la fumée des explosions et les cathédrales d’échafaudages.
Oui parfois ils imposent au pendule leurs lois, pour s’assoir et figer dans leurs mémoires les détails du décor qui les entourent.
Oui parfois, le rythme se calme, le silence se fait et le langage ne suffit plus à rendre compte de cet agencement étrange.
Alors reste la représentation. Alors reste la jubilatoire et laborieuse répétition des trais sur le papier. Reste la mise à plat des sensations, reste le regard des artistes et le débordement du langage graphique, et l’ultra lucidité de ceux qui font de cette pause un acte.
Alors la ville, l’architecture, le paysage, l’espace que nous habitons et qui de toute évidence nous habite prend forme dans la paradoxale expérience d’un dévoilement chaque fois renouvelé. Dans un face à face avec le monde, avec les murs, avec l’étendue agencée.
Et ainsi les artistes nous donnent, telle une offrande empoisonnée, les alternatives compliquées d’une réalité à la fois lumineuse et hallucinée, raffinée et violente, clairvoyante et sophistiquée. Alors, nous sentons le monde tourné, dans un ultime mouvement, dans une ultime respiration, nous habitons, nous naviguons, nous sentons qu’il y a quelque chose, pour un instant, pour l’éternité.

Pour ce rendez-vous, Mathieu Dufois, Julian Lemousy, Sandra Richard et Julien Roland nous invitent à prendre part à cette expérience du vertige que l’espace et le temps nous impose. Par leurs pratiques, par leurs sujets, par leurs relations au monde, ils nous envoient des signes, ils nous donnent des pistes, ils nous rappellent à nous même, à notre position, à l’image de notre environnement, réel ou fantasmé, contraint et vécu. Ils nous convient ainsi à un suspend fécond, à un état de contemplation actif, au sentiment commun d’une ivresse métaphysique, d’une chute vers le haut, d’un « il y a » vertigineux et abyssal.


Irwin Marchal